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Congé de bail commercial : comment respecter la procédure de signification et éviter la nullité ?

12/05/2026
Congé de bail commercial : comment respecter la procédure de signification et éviter la nullité ?
Maîtrisez les règles du congé bail commercial : délai 6 mois, commissaire de justice, mentions obligatoires pour éviter nullité

Chaque année, des milliers de bailleurs voient leur congé de bail commercial annulé pour vice de forme, les contraignant à maintenir leur locataire dans les lieux pendant trois années supplémentaires. Cette procédure, encadrée par les articles L145-9 et suivants du Code de commerce, impose des règles strictes dont le non-respect peut avoir des conséquences financières considérables. L'Étude Agard & Vigner, commissaires de justice à Paris depuis plusieurs décennies, accompagne quotidiennement les bailleurs et locataires dans ces démarches cruciales pour sécuriser leurs droits. La distinction entre un congé avec ou sans renouvellement, l'obligation de recourir à un commissaire de justice depuis la loi Macron de 2015, et le calcul précis des délais constituent autant de points d'attention essentiels. Cette expertise vous permettra de maîtriser chaque étape de la signification d'un congé de bail commercial.

  • Respecter impérativement le délai de 6 mois avant l'échéance du bail (calculé selon la règle du quantième), faute de quoi le congé sera reporté de 3 ans minimum
  • Faire signifier obligatoirement le congé par commissaire de justice depuis 2015 (la lettre recommandée est désormais interdite pour le bailleur)
  • Inclure les trois mentions obligatoires à peine de nullité : motifs du congé (sauf si indemnité d'éviction proposée), délai de contestation de 2 ans, et date d'effet précise
  • En cas de pluralité de bailleurs copropriétaires, obtenir le consentement unanime de tous avant signification, sous peine de nullité du congé

Vérifier les conditions préalables et calculer précisément la date limite de signification

Identifier le type de congé selon votre situation contractuelle

La première étape consiste à déterminer dans quelle situation se trouve votre bail commercial. Quatre cas de figure principaux peuvent se présenter, chacun obéissant à des règles spécifiques.

En période contractuelle, le congé intervient à l'échéance normale du bail de neuf ans. Cette situation est la plus courante et permet au bailleur de reprendre ses droits ou de proposer un renouvellement dans de nouvelles conditions. Le congé peut également être donné à l'expiration d'une période triennale, lorsque le locataire souhaite quitter les lieux après trois, six ou neuf ans d'occupation (le locataire pouvant alors donner congé soit par lettre recommandée avec avis de réception, soit par acte extrajudiciaire selon l'article L145-4, bien qu'il soit conseillé de privilégier l'acte extrajudiciaire à l'échéance contractuelle de 9 ans pour des raisons de sécurité juridique).

La situation se complique en période de tacite prolongation, lorsque ni le bailleur ni le locataire n'ont donné congé à l'échéance. Le bail se poursuit alors automatiquement pour une durée indéterminée aux mêmes conditions (le locataire continuant de payer le loyer et non une indemnité d'occupation). Un cas particulier mérite attention : le congé pour retraite ou invalidité du locataire, qui peut intervenir à tout moment moyennant un préavis de six mois.

À noter : La distinction formelle entre congé du bailleur et du locataire est cruciale. Le congé du locataire n'a pas à être motivé, contrairement à celui du bailleur. Toutefois, il doit mentionner à peine de nullité le délai de 2 ans pendant lequel le bailleur peut agir en justice. En cas de pluralité de bailleurs copropriétaires en indivision, le congé doit être notifié avec le consentement unanime de tous les copropriétaires, à défaut de convention particulière prévoyant un mandat. L'absence d'accord unanime entraîne automatiquement la nullité du congé.

Calculer la date limite selon la règle du quantième

Le délai impératif de six mois constitue la pierre angulaire de toute procédure de congé de bail commercial. La Cour de cassation a confirmé dans son arrêt du 8 mars 2018 qu'un seul jour de retard entraîne automatiquement le report du congé à la prochaine échéance triennale.

Pour calculer ce délai, la règle du quantième s'applique : le délai expire le jour du dernier mois qui porte le même quantième que le jour de la notification. Prenons un exemple concret : pour un bail expirant le 30 juin, le congé doit être signifié au plus tard le 31 décembre précédent. Si vous signifiez le congé le 1er janvier, même avec un jour de retard, votre locataire pourra rester trois années supplémentaires et vous devrez continuer à percevoir les loyers. Si le congé est donné en période contractuelle mais moins de 6 mois avant le terme du bail, il prendra effet le dernier jour du trimestre civil suivant l'expiration du délai de 6 mois, et non au terme contractuel (la caducité du congé n'entraînant pas sa nullité mais reportant simplement ses effets à la prochaine période triennale).

En tacite prolongation, le calcul diffère légèrement. Le congé prend effet au dernier jour du trimestre civil suivant l'expiration du délai de six mois (les quatre trimestres civils de référence étant le 31 mars, le 30 juin, le 30 septembre et le 31 décembre). Un congé délivré le 4 avril prendra ainsi effet le 31 décembre suivant. De même, un congé délivré le 15 juin prendra effet le 31 décembre (15 juin + 6 mois = 15 décembre, donc dernier jour du trimestre civil suivant).

Anticiper les droits du locataire pour éviter les contentieux

Avant de signifier votre congé, vérifiez systématiquement la situation de votre locataire. Son immatriculation au RCS ou au RNE à l'expiration du bail et l'exploitation effective du fonds pendant les trois dernières années conditionnent son droit à l'indemnité d'éviction.

Un locataire non immatriculé ou n'ayant pas exploité régulièrement son fonds ne pourra prétendre à aucune indemnité, ce qui simplifie considérablement la procédure. Cette vérification préalable vous permettra d'adapter votre stratégie et d'anticiper les éventuelles contestations.

Exemple pratique : Un bailleur parisien souhaite donner congé à son locataire exploitant une boutique de prêt-à-porter depuis 7 ans. Après vérification au RCS, il constate que la société locataire a été radiée il y a 18 mois suite à une liquidation judiciaire, mais que le gérant continue d'exploiter personnellement le fonds sans être immatriculé. Dans ce cas, le bailleur peut donner congé sans offre d'indemnité d'éviction, le locataire n'étant plus régulièrement immatriculé. Si le bail expire le 31 mars 2024, le congé devra être signifié au plus tard le 30 septembre 2023 par commissaire de justice pour être valable.

Rédiger un congé conforme aux exigences légales

Les mentions obligatoires à peine de nullité

L'article L145-9 du Code de commerce impose trois mentions essentielles dans tout congé de bail commercial. L'absence de l'une d'entre elles entraîne automatiquement la nullité de l'acte.

Premièrement, les motifs pour lesquels le congé est donné doivent être précisés, sauf si vous proposez le versement d'une indemnité d'éviction. Concernant les motifs graves et légitimes, les juges disposent d'un pouvoir souverain d'appréciation et le manquement doit avoir une incidence notable sur l'exécution du contrat ou sur les rapports bailleur-locataire (le bailleur n'étant pas tenu de justifier d'un préjudice résultant du motif, et la faute pouvant être extracontractuelle comme des violences envers le bailleur, injures ou propos diffamatoires). Deuxièmement, vous devez informer le locataire qu'il dispose d'un délai de deux ans pour contester le congé ou demander l'indemnité d'éviction devant le tribunal. Troisièmement, la date d'effet précise du congé doit apparaître clairement.

La jurisprudence se montre particulièrement sévère sur ces points. La Cour de cassation a ainsi annulé de nombreux congés pour des formulations ambiguës ou incomplètes de ces mentions obligatoires (sachant qu'une faute peut être couverte par une renonciation expresse du bailleur, mais que la simple tolérance ou le silence ne suffisent pas à caractériser une renonciation tacite).

Choisir entre refus avec ou sans indemnité

Le congé avec offre d'indemnité d'éviction présente l'avantage de ne pas nécessiter de motivation détaillée. Il suffit d'indiquer qu'une indemnité sera versée dans les conditions de l'article L145-14 du Code de commerce, sans obligation de chiffrer le montant (l'indemnité comprenant une indemnité principale - soit « indemnité de remplacement » égale à la valeur du fonds de commerce pour les commerces de proximité perdant leur clientèle, soit « indemnité de transfert » égale à la valeur du droit au bail pour les fonds déplaçables - augmentée d'indemnités accessoires constituées des frais de remploi à hauteur de 10% de l'indemnité principale selon les usages, des frais de déménagement au vu du devis le plus faible à prestation équivalente, et des droits de mutation pour un fonds de même valeur).

Le congé pour motifs graves et légitimes impose au contraire de détailler précisément les manquements du locataire : retards de paiement répétés, travaux non autorisés, troubles de voisinage, changement de destination des locaux. Chaque grief doit être circonstancié et prouvable.

Le congé pour reprise, démolition ou reconstruction obéit à des règles spécifiques. Le bailleur doit notamment proposer un local de remplacement équivalent s'il souhaite éviter le versement de l'indemnité d'éviction (sachant que le bailleur ne peut exercer la reprise que si son acte d'acquisition a date certaine plus de 6 ans avant le refus de renouvellement lorsque l'immeuble a été acquis à titre onéreux, que le bénéficiaire doit occuper personnellement les lieux dans un délai de 6 mois à dater du départ du locataire sauf motif légitime, et que le loyer du bail renouvelé en cas de reprise partielle tient compte du préjudice causé au locataire).

Conseil : Attention aux sanctions pour exercice frauduleux du droit de refus. Si le bailleur a exercé frauduleusement les droits de refus de renouvellement pour faire échec aux droits du locataire, notamment par des opérations de location et revente à caractère civil ou commercial, le locataire a droit à une indemnité égale au montant du préjudice subi selon les articles L145-17 et suivants du Code de commerce. Assurez-vous donc de la sincérité et de la réalité de vos motifs avant de donner congé.

La mise en demeure préalable pour motifs graves

Lorsque vous invoquez des motifs graves et légitimes, une mise en demeure préalable par acte extrajudiciaire est obligatoire un mois avant le congé. Cette mise en demeure doit préciser le motif invoqué et reproduire les termes de l'article L145-17 du Code de commerce.

Certaines situations dispensent toutefois de cette formalité : l'abandon définitif de l'exploitation, la non-immatriculation au registre du commerce, ou les actes de violence caractérisés. Si le locataire régularise sa situation dans le délai d'un mois, le motif ne peut plus être invoqué et vous devrez verser l'indemnité d'éviction.

Faire signifier obligatoirement le congé par commissaire de justice

La procédure exclusive de signification par acte extrajudiciaire

Depuis la loi Macron du 6 août 2015, le bailleur doit obligatoirement faire signifier son congé par commissaire de justice. La lettre recommandée avec accusé de réception, brièvement autorisée par la loi Pinel en 2014, a été supprimée en raison de l'insécurité juridique qu'elle générait. Pour sécuriser cette étape cruciale, vous pouvez faire appel à des commissaires de justice spécialisés dans la signification d'actes détachés, garantissant ainsi le respect scrupuleux des formes légales.

Le commissaire de justice se rend au domicile du destinataire pour remettre l'acte en mains propres ou selon les formalités de l'article 659 du Code de procédure civile. Cette signification garantit une date et un contenu certains, l'acte étant conservé pendant trente ans dans l'étude.

Cette procédure présente des avantages déterminants par rapport à la notification postale : impossibilité de contester la réception, absence de mentions "pli refusé" ou "avisé non réclamé", engagement de la responsabilité professionnelle du commissaire de justice.

À noter : Après la signification du congé avec refus de renouvellement, le locataire peut se maintenir dans les lieux jusqu'au paiement effectif de l'indemnité d'éviction en versant une indemnité d'occupation (et non plus un loyer). L'indemnité doit être versée dans un délai de 3 mois à compter d'un commandement par acte extrajudiciaire qui doit, à peine de nullité, reproduire l'article L145-28. Un séquestre peut être désigné d'un commun accord ou par jugement pour recevoir les fonds, vérifier la libération des locaux et le paiement de tous impôts et loyers dus, puis verser l'indemnité au locataire.

Les conséquences dramatiques d'un congé irrégulier

Un congé irrégulier n'est pas automatiquement nul, mais constitue une nullité relative que seul le locataire peut invoquer (le locataire ne pouvant contester la validité du congé que si l'irrégularité dénoncée lui cause un préjudice et devant justifier d'un grief). Ce dernier dispose alors d'une option stratégique : renoncer à la nullité en demandant l'indemnité d'éviction tout en se maintenant dans les lieux, ou invoquer la nullité pour obtenir la poursuite du bail. En cas de nullité pour absence ou insuffisance de motif, le congé nul produit tout de même ses effets en mettant fin au bail, à charge pour le bailleur de s'acquitter de l'indemnité d'éviction.

L'absence de congé valable entraîne la reconduction tacite du bail pour une durée indéterminée. Au-delà de douze ans de bail, le bailleur s'expose au risque de déplafonnement automatique du loyer lors du renouvellement, pouvant représenter une augmentation considérable.

  • Report du congé de trois ans minimum en cas de retard
  • Obligation de continuer à percevoir les loyers pendant cette période
  • Risque de déplafonnement du loyer après douze ans
  • Possibilité pour le locataire de se maintenir dans les lieux
  • Engagement de votre responsabilité pour préjudice causé

Face à ces enjeux considérables, la signification d'un congé de bail commercial ne peut s'improviser. L'Étude Agard & Vigner, implantée à Paris, met à votre disposition son expertise de commissaires de justice pour sécuriser chaque étape de cette procédure complexe. Nos équipes vous accompagnent dans le calcul des délais, la rédaction des actes et leur signification dans le respect absolu du formalisme légal. Pour les bailleurs et locataires de la région parisienne confrontés à une échéance de bail commercial, notre étude garantit une prise en charge rigoureuse et confidentielle de vos dossiers, évitant ainsi les écueils coûteux d'une procédure mal maîtrisée.