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Comment sécuriser la signification d'un congé de bail commercial : guide des mentions obligatoires

17/04/2026
Comment sécuriser la signification d'un congé de bail commercial : guide des mentions obligatoires
Évitez l'annulation de votre congé de bail commercial : délais, mentions obligatoires et erreurs fatales décryptées

Chaque année en France, des milliers de congés de bail commercial sont annulés pour vice de forme, entrainant la reconduction automatique du bail et des conséquences financières désastreuses. Face à la complexité des règles encadrant cette procédure, les bailleurs et locataires commettent régulièrement des erreurs qui invalident leurs démarches. L'Étude Agard & Vigner, commissaires de justice à Paris, accompagne depuis des années les acteurs du commerce dans ces procédures délicates où chaque détail compte.

  • Le délai de signification de 6 mois est impératif : tout congé délivré moins de 6 mois avant l'échéance sera systématiquement annulé, même si le retard n'est que de quelques jours (aucune tolérance judiciaire)
  • L'indemnité d'éviction représente souvent plusieurs années de loyer : elle comprend la valeur du fonds de commerce plus 15 postes d'indemnités accessoires (remploi à 10%, trouble commercial, déménagement...)
  • Le bailleur doit obligatoirement faire signifier son congé par commissaire de justice : depuis 2015, la lettre recommandée est interdite pour le bailleur sous peine de nullité absolue
  • Après 12 ans de bail en tacite prolongation, le loyer peut être déplafonné : le propriétaire peut alors exiger un loyer à la valeur locative réelle, souvent 30 à 50% supérieur au loyer plafonné

Les trois types de congé de bail commercial et leurs conséquences juridiques

La première étape pour réussir la signification d'un congé de bail commercial consiste à identifier précisément le type de congé adapté à votre situation. Cette décision initiale déterminera non seulement les mentions obligatoires à intégrer dans l'acte, mais aussi les conséquences financières pour chaque partie.

Le congé simple sans indemnité d'éviction

Le congé simple permet principalement au locataire de quitter les lieux à l'expiration d'une période triennale sans verser ni recevoir d'indemnité. Conformément à l'article L145-4 du Code de commerce, le locataire peut exercer ce droit tous les trois ans, offrant ainsi une flexibilité appréciable pour adapter son activité aux évolutions du marché.

Par exemple, un restaurateur ayant signé son bail le 1er juillet 2021 pourra donner congé pour le 30 juin 2024, 2027 ou 2030, en respectant un préavis de six mois minimum. Cette faculté reste exclusive au locataire, le bailleur ne pouvant pas imposer un départ sans proposer une indemnité d'éviction.

Le congé avec refus de renouvellement et indemnité d'éviction

Lorsque le bailleur souhaite récupérer son local sans motif particulier, il doit obligatoirement proposer le versement d'une indemnité d'éviction. Cette compensation, prévue par l'article L145-14 du Code de commerce, couvre le préjudice causé par la perte du fonds de commerce, incluant sa valeur marchande, les frais de déménagement et le trouble commercial subi. L'indemnité se décompose en deux catégories principales : l'indemnité de remplacement (lorsque le locataire perd sa clientèle, correspondant à la plus forte valeur entre le fonds de commerce et le droit au bail) et l'indemnité de déplacement (lorsque l'activité peut être transférée sans perte de clientèle, limitée à la valeur du droit au bail, applicable notamment aux activités de services à distance ou aux bureaux). S'ajoutent jusqu'à 15 postes d'indemnités accessoires dont l'indemnité de remploi fixée à 10% de l'indemnité principale, le trouble commercial équivalent à 3 mois d'EBE, les frais de déménagement, le double loyer, la perte de stocks, les travaux non amortis, les indemnités de licenciement du personnel, ainsi que les frais de publicité et techniques.

La jurisprudence a précisé qu'il n'est pas nécessaire de chiffrer cette indemnité dans l'acte de congé. Il suffit d'indiquer que le bailleur offre le paiement d'une indemnité dans les conditions légales. Le locataire bénéficie alors d'un droit au maintien dans les lieux jusqu'au versement effectif de cette somme, qui peut représenter plusieurs années de loyer selon l'activité et l'emplacement. En l'absence d'accord amiable sur le montant, la procédure devant le tribunal judiciaire dure entre 2 et 3 ans minimum, avec désignation systématique d'un expert judiciaire dont l'expertise nécessite au minimum 6 mois (dans 95% des cas, le juge retient le montant fixé par l'expert judiciaire inscrit sur la liste des experts près la Cour d'appel).

À noter : Après accord des parties sur le montant de l'indemnité d'éviction, le bailleur dispose d'un délai de rétractation de 15 jours durant lequel il peut encore revenir sur sa décision de refuser le renouvellement ou contester le montant fixé. Passé ce délai de 15 jours, le bailleur est définitivement engagé et doit impérativement verser l'indemnité dans un délai maximum de 3 mois. Le versement s'effectue généralement via un séquestre (commissaire de justice ou avocat) qui recevra les fonds dans ce délai de 3 mois. Le séquestre ne reversera l'indemnité au locataire qu'après remise des clés et vérification que le local est entièrement vidé. En cas de non-remise des clés après mise en demeure, le séquestre peut retenir une pénalité de 1% par jour de retard sur le montant total de l'indemnité d'éviction.

Le congé pour motif grave et légitime sans indemnité

L'article L145-17 du Code de commerce énumère limitativement les situations permettant au bailleur de refuser le renouvellement sans indemnité : violation grave des obligations du bail, défaut d'immatriculation au RCS, non-exploitation pendant trois ans, ou insalubrité de l'immeuble. Ces motifs doivent être explicitement mentionnés dans l'acte sous peine de nullité. Le bailleur peut également invoquer des motifs qui se sont révélés postérieurement à la délivrance du congé, que les faits se soient produits après la signification ou qu'il n'en ait pas eu connaissance au moment du congé.

Attention, cette procédure exige une mise en demeure préalable par acte extrajudiciaire, laissant un mois au locataire pour régulariser. Cette mise en demeure doit reproduire intégralement les termes de l'article L145-17 à peine de nullité. L'infraction ne peut être invoquée comme motif de refus que si elle se poursuit ou se renouvelle plus d'un mois après cette mise en demeure. Si un commerçant n'a pas renouvelé son inscription au RCS, le bailleur devra d'abord lui signifier cette mise en demeure avant de pouvoir délivrer le congé un mois plus tard si la situation persiste.

La signification du congé de bail commercial : délais et formalités impératifs

Le respect scrupuleux des délais et du mode de signification conditionne la validité du congé de bail commercial. Une erreur sur ces points entraine systématiquement la reconduction du bail, avec des conséquences financières potentiellement lourdes.

Le délai minimal de six mois et ses particularités

L'article L145-9 du Code de commerce impose un préavis minimum de six mois avant l'échéance du bail ou de la période triennale. Pour un bail expirant le 30 septembre, le congé doit être signifié au plus tard le 31 mars. Un congé délivré le 2 avril, même si les jours précédents sont fériés, sera considéré comme tardif et reporté à la période suivante (le non-respect de ce délai, même de quelques jours seulement, entraine systématiquement l'annulation du congé sans que le locataire ait à démontrer un préjudice, selon Cass. 3e civ., 16 septembre 2020).

En période de tacite prolongation, après les neuf ans initiaux, s'ajoutent des règles spécifiques : le congé prend effet uniquement le dernier jour d'un trimestre civil. Le calcul devient alors complexe : le délai de 6 mois minimum doit être respecté ET le congé ne peut prendre effet que le 31 mars, 30 juin, 30 septembre ou 31 décembre. Si la fin du délai de 6 mois tombe au cours d'un trimestre, ce délai est automatiquement prolongé jusqu'au dernier jour du trimestre en cours. Un congé signifié le 4 avril ne prendra donc effet que le 31 décembre, soit près de neuf mois plus tard.

Exemple concret : Un bailleur souhaite donner congé à son locataire pour un bail en tacite prolongation. S'il signifie le congé le 15 février, le délai de 6 mois court jusqu'au 15 août. Mais comme le congé ne peut prendre effet qu'à la fin d'un trimestre civil, il sera automatiquement reporté au 30 septembre, soit plus de 7 mois après la signification. Cette prolongation du délai peut avoir des conséquences importantes sur la stratégie du bailleur, notamment si le bail dépasse 12 ans de tacite prolongation, période à partir de laquelle le propriétaire est autorisé à déplafonner de plein droit le montant du loyer qui sera alors fixé selon la valeur locative réelle (Cass. 3e civ., 13 novembre 1997). De plus, le preneur en tacite prolongation au-delà de 12 ans n'est plus titulaire du droit au bail et ne peut donc pas le céder à un tiers.

L'obligation de signification par commissaire de justice pour le bailleur

Depuis la loi Macron du 6 août 2015, le bailleur doit obligatoirement recourir à un commissaire de justice pour signifier son congé. Cette exigence garantit une date certaine et incontestable, évitant les problèmes de courriers non réclamés qui invalideraient la procédure. Le commissaire de justice se transporte personnellement au domicile ou siège social du destinataire pour remettre l'acte en main propre. En cas d'absence du destinataire, l'article 659 du Code de procédure civile permet de signifier valablement l'acte selon des modalités alternatives (remise à un voisin acceptant, dépôt en mairie avec avis de passage), contrairement à la lettre recommandée qui reviendrait avec la mention « non réclamée » et invaliderait totalement la notification.

Le locataire conserve quant à lui le choix entre l'acte extrajudiciaire et la lettre recommandée avec accusé de réception. Toutefois, la pratique recommande systématiquement le recours au commissaire de justice pour sécuriser la procédure, notamment lorsque le destinataire risque de ne pas retirer son courrier. La signification d'un congé de bail commercial par acte extrajudiciaire garantit ainsi une sécurité juridique maximale pour les deux parties.

Les mentions obligatoires du congé : guide pratique pour éviter la nullité

L'absence ou l'imprécision d'une mention obligatoire peut entrainer la nullité du congé et la continuation forcée du bail. Chaque type de congé impose des mentions spécifiques qu'il convient de maitriser parfaitement.

Les mentions communes à tous les congés

Quel que soit le type de congé, l'acte doit impérativement mentionner la date d'effet du congé et l'identité exacte des parties. Plus crucial encore, l'article L145-9 impose de reproduire textuellement la mention suivante : "le locataire qui entend, soit contester le congé, soit demander le paiement d'une indemnité d'éviction, doit saisir le tribunal avant l'expiration d'un délai de deux ans à compter de la date pour laquelle le congé a été donné".

Cette mention du délai de prescription de deux ans constitue la cause la plus fréquente de nullité. Son absence prive le locataire d'une information essentielle sur ses droits, justifiant l'annulation du congé même tardivement découverte. Il s'agit d'un délai de prescription et non de forclusion, qui peut être suspendu ou interrompu selon les règles du droit commun. Le locataire qui n'agit pas dans ce délai de 2 ans devient occupant sans droit ni titre et sera prescrit quel que soit le motif de contestation du congé, y compris en cas d'irrégularité manifeste du congé.

Les mentions spécifiques selon le type de congé de bail commercial

Pour un congé avec offre d'indemnité d'éviction, l'acte doit mentionner cette offre dans les conditions de l'article L145-14, sans obligation de chiffrage. En cas de congé pour motif grave et légitime, le motif invoqué doit être précisément détaillé, avec référence à la mise en demeure préalable.

  • Congé avec offre de renouvellement : indication du nouveau loyer proposé
  • Congé sans indemnité : description explicite et circonstanciée du motif grave
  • Congé avec indemnité : mention de l'offre d'indemnisation selon l'article L145-14

Les erreurs fatales à éviter absolument

Certaines erreurs reviennent systématiquement dans les congés annulés par les tribunaux. L'oubli de la mention du délai de deux ans arrive en tête, suivie par l'imprécision dans l'identification des parties, notamment en cas de pluralité de bailleurs ou de société locataire. Toutefois, il convient de noter que le locataire ne peut contester la validité du congé que si l'irrégularité dénoncée lui cause un préjudice démontrable. Si le locataire a pu engager l'action en justice dans le délai de 2 ans malgré l'absence de mention obligatoire, l'acte ne sera pas annulé. En revanche, un congé délivré 5 mois et 20 jours avant l'échéance sera systématiquement annulé pour non-respect du délai de 6 mois, même sans préjudice démontré.

La confusion entre les différents types de mentions constitue également un piège fréquent. Un bailleur mentionnant un motif grave sans avoir respecté la procédure de mise en demeure préalable verra son congé annulé et devra verser l'indemnité d'éviction qu'il pensait éviter.

Conseil pratique : Pour éviter toute contestation, faites systématiquement vérifier votre projet de congé par un commissaire de justice avant sa signification. Cette vérification préalable, qui représente un cout minime au regard des enjeux financiers, permet d'identifier et de corriger les éventuelles erreurs de rédaction. Une erreur sur la date d'effet, l'identité d'une partie ou l'omission d'une mention légale peut entrainer la reconduction du bail pour 9 ans supplémentaires et, dans le cas d'un congé pour motif grave, l'obligation de verser une indemnité d'éviction pouvant représenter plusieurs centaines de milliers d'euros.

L'Étude Agard & Vigner, forte de son expertise en matière de baux commerciaux, accompagne quotidiennement bailleurs et locataires dans ces procédures complexes. Située à Paris, notre étude maitrise parfaitement les spécificités du marché immobilier commercial francilien et garantit une signification conforme aux exigences légales. Nos commissaires de justice sécurisent chaque étape de votre congé de bail commercial, de la rédaction des mentions obligatoires jusqu'à la remise effective de l'acte, vous évitant ainsi les écueils d'une procédure mal maitrisée.